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« Un parlementaire doit aussi servir son territoire »

Maire de Fontainebleau durant 17 ans (2005-2022) et après deux tentatives infructueuses, Frédéric Valletoux, 56 ans, a été élu député de la 2e circonscription de Seine-et-Marne l’an dernier sous la bannière d’Horizons.
Frédéric Valletoux, 56 ans, a été élu député de la 2e circonscription de Seine-et-Marne l’an dernier sous la bannière d’Horizons
© DR - Frédéric Valletoux, 56 ans, a été élu député de la 2e circonscription de Seine-et-Marne l’an dernier sous la bannière d’Horizons

ActualitéSociété Publié le , Propos recueillis par Cecilia Cavassoni

Pourquoi avez-vous souhaité devenir député ?

Ce fut, tout d’abord, une question d’opportunité. Pendant 17 ans, en tant que maire de Fontainebleau, je n’ai jamais reçu de soutien des députés de ma circonscription. Or, pour moi, un parlementaire, même s’il est élu de la nation, doit aussi servir son territoire. Je cherche donc à le faire, mais avec une portée nationale cette fois-ci. Ensuite, c’est en raison de mon rôle de président de la Fédération hospitalière de France durant 11 ans. Je savais et je voulais que mon mandat s’arrête en septembre 2022, mais je souhaitais quand même continuer à travailler sur les questions de santé à l’Assemblée nationale. Enfin, je me suis engagé derrière Èdouard Philippe. Je l’accompagne en tant que député, mais aussi comme porte-parole d’Horizons en vue de la présidentielle de 2027.

Il peut l’emporter selon vous ?

Oui, c’est quelqu’un qui a la carrure d’un homme d’État. Je souhaite qu’il soit candidat. Être député à ses côtés et faire partie de son groupe parlementaire est une manière de l’accompagner dans sa conquête du pouvoir.

Cette première année à l’Assemblée nationale a été agitée avec, notamment, la réforme des retraites. Étiez-vous d’accord sur le principe d’utiliser le 49.3 ?

Cet article n’est jamais déclenché avec bonheur et enthousiasme. On le fait, parce qu’il faut que les réformes avancent. Mon avis ne compte pas beaucoup, mais je fais partie de ceux qui pensent que nous aurions pu aller au vote, malgré une prise de risques. Au moins les choses auraient été claires. Mais si je devais établir un bilan plus large, je dirais que je suis un député heureux. Je vais défendre une proposition de loi que j’ai préparée et qui est soutenue par le Gouvernement, Matignon, l’Élysée, le ministre de la Santé et le groupe Renaissance. C’est assez rare pour un député élu il y a un an à peine. De plus, c’est un sujet important, puisque c’est le premier texte consacré à l’organisation du système de santé de ce second quinquennat.

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Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, a rejeté les amendements de la proposition de loi déposée par le groupe Liot pour abroger la loi sur les retraites. Qu’en avez-vous pensé ?

Elle a fait le bon choix, car ces amendements étaient inconstitutionnels. Ils allaient à l’encontre de l’article 40 et avaient un impact de 12 à 15 milliards sur nos dépenses. Le groupe Liot a fait croire qu’il pouvait amener cela par magie en agitant le chiffon rouge.

Comme la motion de censure déposée par la France insoumise ?

Avec eux, c’est toujours la même chose. Dès qu’ils peuvent en déposer une, ils le font, mais pour l’instant, aucune n’est allée au bout.

Vous avez évoqué l’importance du territoire. Avez-vous pu continuer à rencontrer les habitants de votre circonscription ?

Siéger à l’Assemblée est chronophage, car on ne peut pas donner un mandat ou une procuration à des collègues. Si vous n’êtes pas là, votre vote ne compte pas. Néanmoins, je ne conçois pas, peut-être parce que j’ai été maire, l’action politique hors du terrain. J’ai donc besoin d’aller à la rencontre des entreprises, des élus locaux, des associations, des créateurs ou des artistes. Ce sont eux qui font le quotidien du Sud Seine-et-Marne. J’essaie de me nourrir de leurs avis sur les sujets sur lesquels je travaille.

Ces gens vous ont-ils parlé de la réforme des retraites ?

Pas tellement. Huit fois sur 10, les gens me parlent plutôt des problèmes d’accès aux soins, du manque de médecins ou de l’attente à l’hôpital. On me parle également de pouvoir d’achat, avec la crainte de la hausse du prix de l’énergie. Le sujet de la retraite est assez marginal, sauf chez les militants déjà très engagés dans des syndicats et qui souhaitent, à raison, débattre de ce sujet.

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Vous êtes le rapporteur de la proposition de loi portant sur l’amélioration de l’accès aux soins. Selon vous, il faut réorganiser notre système de santé. Pour quelles raisons ?

Il n’y a plus assez de soignants, de médecins et d’infirmières. Comment faire pour améliorer la prise en charge, alors qu’il y a des tensions sur les effectifs ? En essayant, peut-être, de travailler différemment, d’être plus ouvert, de développer une plus grande coopération entre médecins de ville et hospitaliers, paramédicaux et médicaux. Il faut aussi que les collectivités locales soient dans la boucle en agissant sur la prévention aux enfants, aux personnes âgées et aux malades. L’idée, c’est de mettre en lien ces professionnels pour pouvoir élaborer des stratégies dans chaque territoire qui leur permettront de mieux travailler ensemble.

Dans votre projet, vous misez sur les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), afin de mettre en œuvre une offre de soins adaptée aux besoins de la population. Vous souhaitez notamment rendre l’adhésion de tous les professionnels de santé obligatoire.
Pourquoi ?

Cette adhésion obligatoire est souhaitée pour que les CPTS soient représentatives. Aujourd’hui, une CPTS qui marche fédère entre 20 et 30 % des soignants d’un territoire. C’est sympathique, mais ce n’est pas assez pour donner de la force aux actions mises en œuvre. Au début, il faudra donc forcer un peu la main pour que les médecins les intègrent. Cela ne veut pas dire qu’on enlève le médecin de son cabinet. On ne va pas bouleverser ses habitudes, mais on va lui demander de se coordonner et de s’inscrire dans des stratégies plus territoriales.

Votre proposition a justement créé des crispations chez certains syndicats de médecins qui prônent une meilleure revalorisation et plus d’autonomie…

Je connais leur discours. Le problème, c’est que cela fait des années que certains syndicats de médecins n’ont qu’un mot d’ordre : plus d’argent ! Ils le méritent peut-être, car il est vrai que la consultation de secteur 1 à 26,50 euros n’est pas suffisante. Pour autant, ce n’est pas l’argent qui va faire qu’ils vont participer spontanément à la permanence des soins et travailler de manière plus décloisonnée.

D’où la création d’outils incitatifs ?

Oui, il ne faut pas oublier que certaines professions de santé ont, certes, un statut libéral, mais elles sont solvabilisées par la solidarité nationale. Ce n’est donc pas illogique qu’il y ait des contreparties qui soient demandées. Ce ne sont pas des contreparties d’une violence extrême, car on n’oblige personne. Les professionnels de santé peuvent quitter les CPTS s’ils le souhaitent.

La régulation d’installation des médecins libéraux est souvent présentée comme une réponse aux déserts médicaux, mais ils y sont fermement opposés. Vous avez finalement renoncé à inscrire cette mesure dans votre proposition. Quelle en a été la raison ?

On l’a enlevée, parce qu’on ne peut pas mener tous les combats à la fois. J’ai préféré mener celui sur la territorialisation du système de santé via l’adhésion aux CPTS, ainsi que celui sur la permanence des soins, c’est-à-dire la participation de tous les soignants à cette permanence le soir, le week-end et les jours fériés. Ces combats ont une portée plus immédiate pour les Français, alors que la régulation d’installation, qui est un vrai sujet de fond, concerne les périodes où on aura des médecins à répartir sur le territoire.

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