AccueilActualitéSociétéViolences contre les élus : SOS maires en danger

Violences contre les élus : SOS maires en danger

Les récentes émeutes urbaines, déclenchées à la suite de la mort de Nahel, ont relancé le débat sur les violences contre les élus.
Des personnalités politiques de Seine-et-Marne comme Jean-François Parigi, Franck Riester, Guy Geoffroy, Pierre Cuypers et Colette Melot (de gauche à droite) ne sont pas insensibles la violence dont sont actuellement victimes certains élus.
© DR - Des personnalités politiques de Seine-et-Marne comme Jean-François Parigi, Franck Riester, Guy Geoffroy, Pierre Cuypers et Colette Melot (de gauche à droite) ne sont pas insensibles la violence dont sont actuellement victimes certains élus.

ActualitéSociété Publié le , Cecilia Cavassoni

L’attaque du domicile du maire de l’Haÿ-les-Roses Vincent Jeanbrun, le 1er juillet, a ainsi suscité une grande émotion et un élan de solidarité chez ses collègues, rassemblés partout en France, le 3 juillet, sur le perron de leurs mairies. De manière générale, les agressions verbales et physiques contre les élus ont augmenté de 32 % en l’espace d’un an. Le gouvernement a annoncé un plan national de prévention et de lutte doté de cinq millions d’euros pour “protéger les élus et la République”. En Seine-et-Marne, les présidents d’associations de maires confirment un climat de tensions tout en insistant sur le rôle crucial joué par les élus locaux lors des dernières crises.

De la jolie balustrade de la mairie de Nandy, il ne reste plus grand chose. Idem pour les volets de la façade qui ont perdu leur blancheur éclatante. La mairie de cette commune de 6 000 habitants a été victime d’une tentative d’incendie lors des violences urbaines tout comme celle de Brie-Comte-Robert. Sur tout le territoire national, le ministère de l'Intérieur a recensé 105 attaques de ce type. Les maires tirent la sonnette d’alarme.

“Totalement abasourdis”

“Ma première réaction a été la sidération. On a été totalement abasourdis par ces violences”, raconte Guy Geoffroy, maire (LR) de Combs-la-Ville et président de l’association des maires de Seine-et-Marne (AM 77). Mais une fois passé le choc, place à la réflexion : “le plus surprenant, c’est que ce sont les collectivités locales qui sont attaquées, alors que la mort de Nahel concerne un représentant de la police nationale, donc de l’Etat”. En effet, pas de préfectures ou de bâtiments des Finances publiques touchés, mais des écoles, des postes de police municipale ou encore des mairies. La “maille communale“ en somme…

Comme d’autres en France, les élus seine-et-marnais se retrouvent donc en première ligne pour tenter de ramener le calme. A Lieusaint, une conseillère municipale (restée anonyme) a été touchée légèrement par des tirs de mortiers, alors qu’elle tentait, avec une quinzaine de ses collègues, de dissuader des jeunes de faire partie des émeutiers.

Des actes en hausse

“Après l'agression immonde contre la famille de notre collègue Vincent Jeanbrun à l’Haÿ-les-Roses, nous, maires en proximité de nos habitants et représentant l’ensemble des habitants, on a dressé la République devant ces émeutiers”, explique Guy Geoffroy. Cette attaque n’est malheureusement pas un cas isolé lié au récent embrasement. En 2022, 2 265 plaintes et signalements pour violences verbales ou physiques envers des élus ont été recensés. Un chiffre en hausse de 32 % selon le ministère de l’Intérieur. Autre statistique inquiétante : l’inscription de 5 169 élus (dont 1 769 maires) dans le fichier qui déclenche, en cas d'appel, une intervention plus rapide de la police. Des enregistrements effectués dans le cadre du pack sécurité mis en place après la démission du maire (PS) de Saint-Brévin Yannick Morez, victime de menaces et d’insultes et qui a vu sa maison et ses voitures incendiées.

Côte cassée et dix jours d’ITT

Revenons en Seine-et-Marne et à une affaire qui a suscité l’émoi en août 2020 dans la petite commune de Chalifert. Une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, montrait le maire (SE) Laurent Simon être roué de coups par un de ses administrés pour une querelle de voisinage. Son agresseur, condamné depuis à six mois de prison, dont 18 mois probatoire, était mécontent du stationnement de véhicules devant son terrain, stationnement pourtant autorisé. Bilan : une côte cassée et dix jours d’incapacité temporaire de travail (ITT) pour l’édile de Chalifert. Dans un communiqué, l’association des maires d’Île-de-France (AMIF) avait dénoncé une “agression physique et verbale inacceptable”. A l’époque, déjà, l’AMIF prévenait d’un “recours à la violence contre les élus (...) devenu systématique” et de maires servant de “punching-balls”. En 2023, une vingtaine de plaintes ont déjà été déposées par des élus seine-et-marnais, selon François Deysson, maire de Villecerf et président de l’association de maires ruraux de Seine-et-Marne (AMR 77). Un chiffre qui serait même en deçà de la réalité pour Guy Geoffroy : “Parfois, les maires agressés verbalement ne portent pas plainte derrière”.

“Des élus à portée de baffes”

Comment expliquer cette flambée de violence, alors que deux tiers des Français affirment avoir confiance en leurs maires, loin devant les conseillers régionaux et départementaux (50 %), les députés (41 %) ou encore le président de la République (36 %), selon le Centre de recherches politiques de Sciences-Po (Cevipof) ? Une position renforcée par la crise des Gilets jaunes et la pandémie de Covid-19 durant lesquelles les maires ont été en lien direct avec la population.

Nous sommes des élus à portée de baffes.

- François Deysson

François Deysson observe aussi un contexte où “ l’administré devient un client. Les gens exigent tout, tout de suite, ce qui crée des situations de tensions et d’éruptivité”. Un individualisme qui, selon lui, trouve sa cause dans la perte de lien social : “on le voit dans la difficulté à trouver des bénévoles pour faire fonctionner les associations”. Alain Auzet, maire (LR) de Réau, victime de menaces de mort en 2021, a une autre explication :

Je ressens surtout une montée globale du manque de respect. Tout le monde se focalise sur les élus et les maires, mais cette absence de respect concerne aussi l’enseignant, la directrice d’école, les pompiers, la police et les infirmières. Jusqu’à présent, c’est vrai, les maires y avaient échappé un peu, mais la montée de la violence est devenue telle que nous ne sommes plus épargnés.

Un avenir incertain

Pour l’instant, Guy Geoffroy n’a pas enregistré de démissions de mandat au sein de l’association des maires de Seine-et-Marne (AM 77) qu’il préside, mais le maire de Combs-la-Ville se demande tout de même quelles vont être les conséquences des émeutes urbaines pour ses collègues. “Est-ce que, pour certains, cela va être la sale goutte d’eau ou, à l’inverse, le mouvement de solidarité impulsé par l’association des maires de France (AMF) va-t-il donner de la vigueur à d’autres qui commençaient à faiblir ?”, s’interroge-t-il. Incertain, l’avenir le dira avec un premier élément de réponse lors des prochaines élections municipales en 2026.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 22 avril 2023

Journal du22 avril 2023

Journal du15 avril 2023

Journal du 08 avril 2023

Journal du08 avril 2023

Journal du 01 avril 2023

Journal du01 avril 2023

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?